Conclusion

Au fil de ce mémoire, j'ai tenté de montrer comment une stratégie de communication éditoriale peut se construire, se déployer et se réinventer dans un environnement en constante mutation. Chez Starterre, ce changement s'est toujours fait avec en ligne de mire l'alignement aux valeurs de l'entreprise, un ADN qui repose sur le « bon sens paysan » et les convictions fortes de son fondateur Jean-Louis BRISSAUD.

La première partie a permis de poser le décor. Une entreprise discrète, « un sous-marin » bâtie sur la confiance, des valeurs humaines fortes et une agilité constante face aux aléas du marché. Des gilets jaunes à la pandémie de COVID-19, en passant par la guerre en Ukraine et les pénuries de composants, Starterre a traversé des crises successives qui ont mis à rude épreuve le modèle économique et effrité la cohésion des équipes. C'est dans ce contexte chahuté que la stratégie de communication a véritablement pris forme pour donner, (re)donner du sens à nos actions.

La deuxième partie a détaillé, autant que possible, la mise en œuvre de cette stratégie. En premier lieu via la formalisation de l'ADN Starterre au travers du manifeste puis la construction d'une ligne éditoriale alignée avec les valeurs ou encore l'intégration progressive de l'intelligence artificielle dans nos processus de production. Chaque étape a été guidée par une même ligne de conduite : produire des contenus utiles, authentiques qui reflètent qui nous sommes plutôt que ce que nous vendons. L'IA, encadrée par le principe « pas d'IA sans humain », s'inscrit dans cette logique comme un levier d'efficacité au service du projet éditorial et des équipes, un « ouvreur de possibilité », jamais comme une fin en soi.

La troisième partie m'a permis un changement de focale pour interroger, en m'appuyant sur la recherche académique, les transformations plus profondes engendrées par cette « quatrième révolution technologique ». C'est à ce moment-là que la démarche de VAE a pris tout son sens. En confrontant mes pratiques aux travaux de CARBONELL, CASILLI, CARDON, VASQUEZ-BRONFMAN ou encore BEAUDOIN et VELKOVSKA (entre autres), j'ai pris la mesure d'une réalité que mon enthousiasme pour ce nouvel outil avait tendance à occulter. Les résistances de mes collaborateurs face à l'IA ne sont pas des freins à lever mais des signaux à entendre, à écouter. La course à l'innovation, aussi stimulante soit-elle, ne peut faire l'économie d'une réflexion sur le sens du travail, sur la formation, sur l'éthique ou sur la responsabilité que nous portons dans le déploiement de cette technologie.

L'apport le plus précieux de cette VAE aura été de créer un doute salutaire. Un doute qui ne remet pas en cause les choix effectués mais les questionne, les nuance, les enrichit d'une dimension critique que mon enthousiasme gommait au quotidien. Je me suis senti parfois comme le commercial d'une idéologie tech-solutionniste. Je n'ai rien à vendre à mes collaborateurs, je dois simplement les accompagner dans le changement. Cette prise de conscience, nourrie par mes différentes lectures et réflexions académiques, irrigue désormais ma pratique managériale.

L'intelligence artificielle n'est ni une menace ni la panacée. Comme le rappelle Sergio VASQUEZ-BRONFMAN « la technologie a toujours été un ouvreur de possibilités. Mais ces possibilités sont virtuelles, elles existent seulement en puissance. Pour qu'elles se matérialisent il faut que des individus possédant une vision agissent en conséquence et mettent en œuvre ces possibilités » 110.

C'est bien là tout l'enjeu : quelles utilisations faut-il faire de cette technologie pour apporter de la valeur à l'organisation et, plus largement, à la société ?

Les exemples issus de mon expérience professionnelle, présentés dans ce mémoire, démontrent que l'IA réussit parfois de bonnes performances mais peut également échouer dans certains cas. Le sujet évolue rapidement et pose énormément de questions mais je ressors de ce travail avec une conviction forte : c'est l'humain, ses valeurs et sa capacité de discernement qui lui donne du sens et des limites.
À moi de perpétuer le « bon sens paysan ».